Quotidien d'une prof d'école, pas seulement à l'école.

Le 02 janvier 2012

Bonne année 2012

 

Bonne année à tous les instits, ceux qui ont l'expérience et ceux qui l'acquièrent, ceux qui cherchent, ceux qui trouvent et qui partagent, ceux qui essayent, ceux qui ont la foi, ceux qui se donnent à corps perdu, ceux qui se perdent aussi carrément.

Puissions-nous avoir et garder, ou retrouver, la foi en notre métier, la confiance en un avenir meilleur pour nos élèves et pour nos conditions de travail, l'envie de faire de notre mieux, la motivation pour aller plus loin et y emmener les enfants, le courage de faire évoluer ce qui en a besoin, et la sagesse d'accepter les contraintes immuables.

Bonne année aux élèves et à leurs parents.

Bonne année aussi à ceux qui ne sont pas enseignants, mais qui rêvent d'une école capable de procurer aux enfants les attitudes et les savoirs qui feront d'eux des humains brillants, curieux et généreux.

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Le 16 octobre 2011

Regrets, projets

Quelques phrases après un long silence, et avant d'autres.

Je ne sais pas ce que je souhaite faire en gardant ce blog vivant, mais je ne veux pas le supprimer.

Il ne m'apporte plus autant qu'avant, et il est farci de pub.

Je l'ai créé pour partager mes découvertes de PE débutante, puis pour parler un peu de mon quotidien, partager un peu de vécu, papoter avec des collègues de passage ou des visiteurs intéressés. Tant de personnes sont venues, en laissant ou non des commentaires : je suppose qu'elles y ont trouvé quelque chose qui leur parlait. (Quoi?)

J'ai voulu parfois en faire un lieu de réflexion collective, mais un blog n'est pas le meilleur support pour des échanges continus. On lit une fois, on commente parfois, mais on ne revient pas lire les autres commentaires, en général. Pas l'idéal pour construire.

Peu à peu, j'ai cessé de donner des détails sur ma classe pour rester dans l'anonymat, ce qui n'est qu'une réussite partielle. Du coup, j'ai pu seulement donner - et échanger - des réflexions générales, floues. Parler d'autres sujets : nano, la procrastination, ... Parler de moi, aussi. Beaucoup. Trop peut-être.

J'en ai moins besoin en ce moment. Ou moins envie.

En classe, je change peu à peu de manière de faire. J'évolue. J'ai l'intention de partager des documents, supports, séquences, sur un blog sans pub. Puisque je compte y mettre les supports que je fabrique pour ma classe, adieu l'anonymat. Mes élèves et leur famille pourront me reconnaître sans problème s'ils tombent dessus. Mais je n'y mettrai pas mes états d'âme.

Ici, il est possible que je passe de temps à autre, bien que je sois assez occupée ailleurs. En ce moment, je suis en plein Nanoctobre, le mois qui précède le Nanovembre, et mon cerveau n'est pas très disponible.

Ceux qui se lancent dans NaNoWriMo me retrouveront sans doute sur le site, sous le même pseudo que l'an dernier. Au besoin, envoyez-moi un p'tit mail.

Voilà pour le moment.

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Le 01 août 2011

Encore, déjà...

 

- Tu dors?

- Non, je pense.

- A quoi tu penses?

- A ma classe.

 

Encore, déjà. Toujours.

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Le 15 juin 2011

Munitions

Après le temps des cerises, le temps des commandes.

Arbitrage entre l'envie d'avoir tout ce qu'il faut pour bien travailler, et la limite de budget pour chaque futur élève.
Estimation floue du nombre d'élèves dans la classe : si je commande trop peu, on ne pourra pas travailler en cas d'inscription de dernière minute, mais si je commande trop, je dépasse mon budget en cas de radiation de dernière minute.
Revue des placards pour estimer le nombre de protège-cahiers rouges disponibles, du magenta au vermillon en passant par le bordeaux et le fuchsia.
Calcul et recalcul du total, en optant d'abord pour la liste de matériel idéale, puis en rognant petit à petit jusqu'à la liste de matériel financièrement réaliste.
Feuilletage et refeuilletage du catalogue de fournitures aux étonnants effets sur l'humeur : plus on tourne les pages, plus on a envie d'être à la rentrée. A noter : l'effet cesse rapidement une fois la couverture refermée.
Envoi de la commande avec l'espoir de la recevoir ni trop tard, pour ne pas avoir à tout revérifier la dernière semaine d'août, ni trop tôt, pour arriver à travailler encore deux semaines et demie sans encombrer les allées de la classe.

.

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Sans aucun rapport, je suis bien désolée de vous infliger les pop-ups publicitaires agaçants de mon mercantile hébergeur de blog, qui me poussent à envisager sérieusement un changement d'adresse dans les prochains mois.

 

 

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Le 02 juin 2011

Démunition

Cet enfant retrouvé pendu dans le couloir, après avoir été sorti de la classe par son instit, ça me donne la chair de poule.

Je devrais dire en premier que c'est affreux pour l'enfant et sa famille, mais je pense d'abord à l'instit. Soyons clair, aucun élève ne devrait mourir dans un couloir où il a été laissé sans surveillance. Mais pour moi, le plus terrible ça doit être d'être à la place de cette PE - si j'ai bien compris c'est une femme - qui a passé la tête par la porte de sa classe et a vu son élève inanimé pendu au porte-manteau.

Aux PE qui me lisent, soyons francs : qui d'entre nous n'a jamais sorti un élève de la classe parce qu'il ou elle rendait la vie impossible à tout le monde, et a ensuite oublié de jeter un oeil dehors pour vérifier que tout allait bien? Si personne n'ose le dire, moi je le dis, ça m'est arrivé d'en sortir quelques-uns, et parfois de me rappeler "oh, zut, le petit Machin est dehors, il est temps de le faire rentrer maintenant!" Peut-être pas 45mn plus tard, mais suffisamment longtemps pour qu'un gamin qui aurait décidé de faire le singe au porte-manteau puisse se faire quelque chose de grave.

Alors d'abord, j'espère de tout coeur que l'instit arrivera à se remettre tant bien que mal de ce qui doit se passer dans sa tête.

Mais surtout, j'aimerais bien que ce soit l'occasion d'ouvrir une vraie réflexion sur les moyens dont dispose un PE pour arriver à faire classe quand un élève fait tout pour lui rendre la mission impossible.

En cette fin d'année, je suis sûre que c'est assez général : vos élèves comme les miens ont du mal à se concentrer, il fait chaud, et certains en profitent pour être encore plus casse-pied que d'habitude. On se retrouve donc en difficulté dans la classe. On aimerait bien boucler le programme et les projets de fin d'année, mais un élève qui empêche les autres de travailler, ça n'est pas acceptable. Et s'il n'y en a pas dans toutes les classes, il y a des "ingérables" dans presque toutes les écoles, en tout cas si j'en crois les commentaires qui avaient suivi mon message sur Mon plus gros problème en tant que maîtresse. Ingérables, du moins à certains moments où l'enseignant n'a plus les moyens de garder son calme et de rester positif et constructif à l'égard d'un enfant qui sabote le quotidien de toute une classe. A long terme, lorsque les parents acceptent de voir le problème, on peut trouver des solutions, avec l'aide des psychologues scolaires notamment, mais à court terme, on n'a pas beucoup de moyens.

Quels sont les moyens à disposition d'un PE excédé par un élève saboteur?

L'IUFM mentionne la privation partielle de récréation, mais en attendant la récréation...

L'exclusion temporaire sous surveillance de l'adulte, existe également (corrigez-moi si je me trompe dans les termes). Mais si un enfant est éloigné des autres et mis dans le couloir, difficile d le garder dans son champ visuel. Déjà, il faut garder la porte ouverte, alors que les températures imposent souvent l'ouverture des fenêtres : courants d'air garantis. Ensuite, d'autres enfants sont amenés à se déplacer aux toilettes : l'un d'eux peut fermer la porte accidentellement et on n'y pensera pas toujours. Et puis, l'élève qui est dehors peut s'amuser à fermer lui-même la porte - vous aussi, vous en avez eu?

Sans compter que dans le couloir, porte ouverte, l'enfant va faire tout son possible pour attirer l'attention de ceux qui sont en classe : bruits, grimaces, gestes destinés à faire rire les copains... Franchement, comment ne pas avoir envie de fermer la porte?

Et puis, même porte ouverte, l'enfant qui est mis dehors ne va pas nécessairement rester dans le champ de vision de l'instit : j'en connais qui vont s'amuser à grimper aux fenêtres du couloir, escalader une armoire, voire tenter une promenade dans les couloirs ou les escaliers si on ne les arrête pas avant - et il faut parfois leur courir après. Rassurez-moi, vous aussi vous en avez eu, ou connu, des comme ça?

Dans certaines écoles, l'équipe marche suffisamment bien pour qu'on puisse envoyer l'élève saboteur dans une autre classe, mais ce système a des limites, surtout quand l'enfant a décidé d'amuser ses copains de l'autre classe aussi. Et puis avec des classes bien chargées, on n'a pas nécessairement envie d'en voir arriver d'autres classes. Même en s' "échangeant" les élèves difficiles. Et dans certains endroits, aborder le problème avec l'inspecteur de circonscription a pour seul résultat d'attirer l'attention de la hiérachie sur un supposé manque de savoir-faire de l'enseignant, et donc de le mettre davantage en difficulté. Hum... S'il y a un manque de savoir-faire, ce ne serait pas parce qu'il y a un manque de formation?

Dans les collèges, il y a des personnes pour garder éventuellement un élève qu'on ne peut plus garder en classe : un CPE et un surveillant d'étude (à moins que cela ait changé il y a peu?) Mais dans les écoles, non. Qu'on ne me dise pas que c'est parce que les élèves de collège sont plus pénibles que ceux de l'école.

La réalité, c'est que face à certains comportements compliqués, les PE sont démunis, et que les réponses prévues par les textes ou proposées par la hiérarchie ne sont pas adaptées. Et si on se penchait là-dessus sérieusement?

 

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Le 26 février 2011

Le Dilemme du Premier Soir des Vacances

depart en vacancesC'est le dernier jour, on boucle les projets, on donne (ou pas) des devoirs pour les vacances, puis tous les enfants quittent enfin l'école, en pensant (ou non) à souhaiter "bonnes vacances" à la maîtresse.

Et là, on retourne dans la classe, sur les rotules évidemment - enseignants débutants, prévoyez un pantalon renforcé aux genoux pour les derniers jours -  et on fait face au Dilemme du Premier Soir des Vacances : faut-il mettre tout en ordre avant de partir, malgré l'épuisement physique et mental de la fin de période, ou attendre d'avoir un peu récupéré?

A ce sujet, il y a trois écoles courants de pensée:

  • les Rangeurs du Dernier Soir estiment que, à y être, autant ranger tout ce qui traîne pendant qu'on sait encore de quoi il s'agit et où ça doit aller. Il convient donc, d'après eux, de passer un peu de temps à trier la ou les piles qui pourraient subsister sur le bureau, à mettre de l'ordre dans les placards ou armoires, à tailler les crayons, et à préparer dès maintenant tout ce qui rendra plus agréable la reprise, d'ici deux semaines. Les Rangeurs n'oublient pas de sélectionner avec soin les manuels, livrets, référentiels, et autres documents dont ils auront besoin pour préparer la période suivante, pendant leurs vacances. Ils préparent même un petit post-it ou deux, voire une to-do list, avant de quitter leur lieu de travail. Ils arrivent chez eux vers vingt-deux heures et s'effondrent sur leur canapé, ou leur lit, pour une trentaine d'heures de sommeil comateux.
  • les Pressés de Partir affirment que le dernier soir, on est totalement épuisé et qu'on a bien mérité de partir un peu plus tôt, surtout si on a un train à prendre en direction des pistes de ski ou de toute autre destination. Après tout, les piles de papiers, photocopies et manuels seront toujours là au retour : il suffira d'arriver un tout petit peu plus tôt le matin de la reprise, et puis voilà. Ou de faire un saut à l'école la veille, si vraiment la classe est dans un triste état. Certains Pressés de Partir retrouvent ainsi à leur retour les palettes de peinture et les pots d'eau plein de pinceaux qu'ils ont laissés le soir des vacances - certes l'eau a disparu, les palettes et les pinceaux sont irrécupérables, mais au moins ils auront profité de leur premier soir de vacances.
  • les Visiteurs d'Ecole forment la troisième grande catégorie. Ce sont les instits qui partent le soir des vacances en ne faisant que le strict minimum, à savoir nourrir les plantes vertes et arroser les poissons rouges, oui c'est pour voir si vous suivez, et qui reviennent pendant les vacances pour  ranger, remettre de l'ordre, et travailler un peu sur place à préparer la rentrée. Ils estiment plus simple de travailler à l'école que chez eux, soit parce qu'ils sont peu équipés chez eux (manuels, ordinateur, photocopieuse sont dispo à l'école), soit parce que leurs charmants bambins rendent le domicile trop bruyant pour bien travailler. Ce qui ne les empêche pas de venir à l'école avec leur marmaille, d'ailleurs. Les Visiteurs habitent non loin de leur lieu de travail et peuvent venir à maintes reprises, parfois quotidiennement, sur une durée d'une à deux semaines dans certains cas. Ce sont ces mêmes Visiteurs qu'on retrouve dès la fin juillet à l'école pour préparer leur rentrée de septembre.

En ce qui me concerne, je suis partagée entre l'option Pressée de Partir et Rangeur du Dernier Soir. Je range ce qui traîne un peu trop, et je garde le rangement de fond pour le début de période suivante. Cela me permet parfois de ressortir aux enfants un travail déjà fait avant les vacances, pour évaluer à quel point sont réellement acquises les connaissances qu'ils maîtrisaient avant de partir.

Et vous, vous faites comment?

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Le 27 novembre 2010

NaNoWinMo - bilan mitigé

Bonne nouvelle de fin novembre : pour la troisième année consécutive, j'atteins les cinquante mille mots.

50 000 heures de vol

La première fois j'avais atteint le total mais mon histoire n'avait pas de fin.
La deuxième fois, j'avais une fin mais elle n'était pas rédigée.
Cette fois-ci, j'ai une fin, et j'aimerais arriver à la rédiger en entier, mais j'en suis encore loin. Je suis aujourd'hui à 55 000 mots environ, et j'aimerais boucler les parties qui restent à rédiger! Mais je n'aurai pas fini mardi soir, même si on me permettait d'y consacrer mes journées entières.

Donc décembre devrait être NaNoFiMo, National Novel Finishing Month.
Enfin... Les fêtes arrivent, avec leur lot d'impératifs et d'organisation complexe, la fin de période sera bien remplie aussi avec des élèves de plus en plus agités - normal mais épuisant - et des bilans à compléter et à distribuer, et pour mon roman, il me reste tout un morceau d'histoire qui n'est pas complètement démêlé.
J'ai voulu rajouter une intrigue un peu complexe à un récit assez simple, et essentiellement sous forme de dialogue pour les second et troisième quarts, avec des petits indices semés au fil du récit et qui finissent par converger, lors du dernier quart, en événements explosifs dans une narration qui n'a plus rien de dialogué. Et puis finalement les petits indices sont devenus des gros, et puis pressée d'apporter du suspense j'ai laissé apparaître des ficelles qui sont aussi grosses que les câbles du viaduc de Millau, et puis... Et le peu de suspense maladroit qui survit à mes manipulations tordues, fait ressembler mon roman à un texte de fanfiction.net. Si vous écrivez des fanfics, ne vous énervez pas, je sais que des fois on trouve des trucs superbes, mais bon, voilà, quoi... C'est rare.

D'où l'impression d'un bilan mitigé : fierté d'avoir atteint le compte, d'avoir été plus loin, mais déception en voyant que le genre suspense / enquête, c'est vraiment pas fait pour moi.

Satisfaction cette fois pour mes personnages principaux : le premier, ressuscité des cendres de mon premier NaNo, a mûri, et franchement il commence à être cohérent et intéressant. Le deuxième, qui lui donne la réplique, est crédible, attachant, un poil Marie-Suesque mais pas trop. Et la farandole de personnages secondaires est plutôt pittoresque, sans trop de caricatures, et avec deux ou trois bons méchants qui donnent du relief à tout ça.

Mais je suis loin du roman que je rêve de pondre.

nanowinner

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Le 13 avril 2010

Mon plus gros problème en tant que maîtresse

Le soleil brille et les vacances sont là, mais je me triture et me torture l'âme à chercher des pistes pour résoudre ce qui me pose le plus problème en tant que prof des écoles.
Ma plus grosse difficulté, évidemment, vient de moi, ou plutôt d'un défaut de ma personnalité fort imparfaite, qui ressort en présence de certains élèves. Pas n'importe quels élèves : les enfants qui s'en prennent à l'autorité de la maîtresse. En général, ceux qui s'y essayent se prennent une belle punition et les parents sont de mon côté. Le problème n'en devient réellement un que quand les parents ne sont pas du côté de la maîtresse, et laissent faire. Peu importe leur raison, aux parents, qu'ils soient du genre parents soumis / enfant roi, ou qu'ils aient baissé les bras, ou qu'ils ne comprennent pas, ou tout simplement les parents de la pire espèce : ceux qu'on n'arrive jamais à voir.

Il faut croire que j'appuie beaucoup de mon identité de maîtresse sur mon autorité, sur le respect que j'impose ou essaie d'imposer. Sinon ça ne me mettrait pas systématiquement en perdition.
Sans donner d'exemple précis, comment me faire comprendre?

Imaginons... des situations qui me font sortir de moi-même.
Le petit S n'est pas d'accord pour reprendre la correction de l'exercice alors qu'il a tout bâclé. La maîtresse lui impose de reprendre le travail le soir à la maison, mais il claironne : je m'en f-- je le ferai pas, avec un grand sourire sardonique. Et de fait le travail n'est pas refait le lendemain.
Ou bien...
Le petit M a envie d'amuser ses copains, la séance de musique commence alors qu'il braille au lieu de faire les jeux de voix du début de séance. La maîtresse demande "à celui qui crie au lieu de chanter" de bien vouloir arrêter de saboter le travail des autres, et tous les regards se tournent vers M qui est mort de rire. Il n'arrête pas, au contraire, et trouve douze autres manières de prouver à tous que la maîtresse, lui, elle ne peut rien lui imposer. La maîtresse finit par le mettre dehors : il sort en claquant la porte et en criant un gros mot.

Je peux en citer une dizaine d'autres, de ces situations où un gamin affronte la maîtresse, au vu de tous, et a maîtresse n'a pas d'autre issue que d'avoir le mauvais rôle, celui de la furie contrariée qui glapit vainement et se ridiculise de la méchante maîtresse qui rentre dans le jeu de l'élève et se ridiculise.

Un gamin qui met en question mon autorité, ça me rend presque malade. Presque, ou pas presque, d'ailleurs. Ca me fait me poser des questions jour et nuit. Ca me fait douter. Ca me donne envie de changer de boulot. Puis ça finit par passer.
Je me creuse le ciboulot depuis des lustres, enfin depuis ma première année en poste, et même un peu avant, pour comprendre comment j'en arrive à rentrer dans le face à face pernicieux et stérile à cause de ces gamins. Et comment arriver à en sortir par un chemin qui soit positif pour les deux, au lieu de vouloir gagner en faisant perdre l'autre.
Un grand questionnement, qui se répète régulièrement, au fil des mois et des années.

Voyez-vous ce que je veux dire? Cela vous arrive-t-il?
Comment sortir de cette situation moisie, avant que survienne, précisément, le moisissement?

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Le 07 mars 2010

Considération linguistique

Parfois, on rencontre des mots, onomatopées ou des expressions qui, s'ils ne font pas l'objet d'au moins une répétition, ne sont pas compris de l'auditoire.

Exemples en vrac les fins linguistes ajouteront les leurs en commentaire :
Pony run
bling
tsé
agar
coin
frou
tsoin
Sortez vos cahiers de géographie.

Etc...

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Le 05 octobre 2009

La bouche pleine

Fin de récré du matin.
- Maîtresse, T. il m'a envoyé des miettes en parlant.
- T. c'est vrai?
- Mais Maîtresse, j'ai pas fait spray.

Encore heureux.

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Le 05 août 2009

Ecrire, écrire, écrire - écrire un roman, pourquoi, comment

Mes personnages étaient trop insistants : ils sont récemment revenus à la charge. De vous à moi, je pense qu'ils ont éhontément profité de la fatigue nerveuse des dernières semaines de classe pour se faufiler dans mes journées.
Sous la pression, j'ai bien dû m'incliner : je suis revenue à mon roman la chose informe et chaotique qui aimerait bien devenir un roman. Je modifie tout, je chamboule tout, mes personnages ont complètement changé d'avis et ne veulent plus du tout les mêmes choses qu'avant.
Il faut dire qu'ils ont mûri depuis novembre. Ils ont d'autres façons d'agir, leurs qualités et défauts se sont affinés avec le temps, et du coup, rien ne va plus.
Je ne sais pas ce que ça va donner mais c'est prenant.

Si un jour votre vie vous paraît morne et sans intérêt, lancez-vous dans l'écriture d'un roman : ça change tout. C'est vite fait, de se créer quelques personnages - allons, avouez, je suis sûre que vous en avez un ou deux en tête : en général ils ressemblent à des personnes de la vraie vie, mais en "édulcoré". Plus manichéens, ou au alors beaucoup plus tordus et névrosés.
plumes pour profs et fonctionnaires C'est vite fait aussi, d'imaginer une rencontre, une interaction fortuite, un incident, un désaccord, ou un événement soudain qui les met en contact.
Peut-être même... Sûrement, allez... Peut-être que vous avez une idée de scénario, une petite histoire ou une longue saga, qui macère en vous secrètement depuis vos plus tendres années. Et le casting qui va avec. Et si vous alliez faire un tour du côté de chez Swann de ces beaux souvenirs, verser quelques gouttes de sang neuf et raviver tout ce beau monde? Après toutes ces années, que sont vos personnages devenus? En y réfléchissant, votre petite intrigue minable pourrait très bien être la base d'un best-seller prochain.

A partir du moment où vous prenez le risque d'y croire, votre vie prend une épaisseur de plus, un peu comme la doublure dans un vêtement réversible.
Chaque moment de solitude se peuple de personnages en mouvement, qui font et refont dix fois la même scène, mais avec quelques variations à chaque fois.
Désormais, chaque anecdote racontée par vos amis ou voisins, chaque conversation entendue au hasard dans les transports en commun ou dans une file d'attente, devient un ingrédient possible de votre prochain chapitre.
Chaque titre de livre ou de film vous donne une nouvelle idée. Chaque paysage rencontré, chaque objet inhabituel, vous inspire une discussion, ou le tournant d'une relation.
Vous vous mettez à ouvrir l'œil et l'oreille.
Vous devenez complètement perméable à tout ce qui auparavant ne faisait pas partie de votre vie. Vous devenez collant, un peu comme un pot de miel. Vous accrochez tout ce qui passe. Et le pire c'est que souvent ça se décroche presque aussitôt, juste le temps d'apprécier l'idée et de commencer à y travailler : si vous ne la notez pas, c'est perdu à tout jamais. Et vous vous en voulez de ne pas avoir commencé à écrire le passage voulu dès que l'idée s'est présentée. Mais bon, ce jour-là il fallait préparer l'évaluation de grammaire.

Imagination, création, et frustration.
Et on n'en sort jamais. Ou alors peut-être une fois que le livre est complètement écrit, imprimé, édité? Même pas, peut-être que les personnages viennent vous hanter ensuite pour vous dire qu'ils ne sont pas d'accord avec leur fin ou avec leur sort.

Sur le site de NanoWriMo, j'avais trouvé cette comparaison très parlante : donner vie à des personnages, c'est comme donner des pierres à un gamin.
Un gros bazar en vue, rien de contrôlable.
Mais ça pimente le quotidien comme on n'imagine pas.

 

Si j'avais su...

A tout hasard, voici quelques trucs que j'aurais aimé savoir ou lire avant de me lancer avec détermination, ambition et trop peu de réflexion dans cette irréversible aventure.

bulletblogJ'aurais aimé qu'on me parle de NaNoWriMo bien plus tôt. Vous faites quoi de vos nuits, en novembre?

bulletblogJ'aurais aimé lire le blog Storyfix il y a un an, ou plus. (Le blog qui répare les histoires). A lire notamment en ce moment une série de posts sur la structure du roman. Un peu comme le schéma quinaire, mais en quatre parties, et avec quelques conseils qui valent la peine de lire en anglais même si on n'aime pas ça.

bulletblogJ'aurais lu l'article Comment écrire un fichtrement bon roman, de Russell James (apprécier au passage les commentaires sur les profs d'écoles et les rédacs). C'est le lien vers une version française. Un deuxième article sur comment certains ont fait pour en écrire un : P. Highsmith, R. Chandler, J. Steinbeck, P.D. James, ...

bulletblogJ'aurais écrit un peu tous les jours. Un blog, des petits exercices, des poèmes en prose, des groupes d'écriture créative en ligne où en plus on vous donne des impressions sur vos textes (il y en a pas mal, je vous laisse chercher). Quitte à utiliser Write or Die, le programme en ligne qui vous force à sortir de votre cerveau des diamants bruts trucs bizarres dont vous ne soupçonniez même pas l'existence.

bulletblogJ'aurais lu un peu plus, mais pas nécessairement les auteurs classiques ou les best-sellers : un conseil qui vaut de l'or, c'est de lire aussi, exprès, de la mauvaise littérature. A ce sujet j'ai relu tout récemment des passages du premier roman de quelqu'un que je connais personnellement, mais dont je tairai le nom, et vraiment ça aide. Et puis ça réconforte : si lui a trouvé un éditeur, pourquoi pas moi?

bulletblogJ'aurais un peu avancé mon roman en juillet : il reste jusqu'au 30 septembre pour participer au Prix Bartleby qui récompense le meilleur roman inachevé.
A bon entendeur...

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Le 08 juin 2009

Pendant ce temps, dans la classe des autres maîtresses

Suite au post précédent...

Dans la classe des autres maîtresses, les élèves sont gentils, calmes et polis, et ils ne sont jamais mis dehors dans le couloir. La maîtresse n'élève jamais la voix.
Dans la classe des autres maîtresses, le tableau est toujours bien géré, la calligraphie est parfaite et l'horizontalité des lignes est digne d'un niveau-laser.
Dans cette classe, les affichages sont chaleureux, bien pensés et organisés logiquement. Et d'ailleurs les enfants s'en servent. On les voit tout le temps le nez levé, par exemple vers la fiche sur on et ont, au cours des rédactions. De même, ils vont gentiment chercher un dictionnaire pour vérifier l'orthographe de chaque mot un peu téméraire, lorsque l'envie leur prend de sortir des sentiers battus lors des rédacs et de rajouter des adjectifs qualificatifs et des adverbes pour rendre leur texte riche et vivant.
Dans la classe des autres maîtresses, l'emploi du temps est respecté à la minute, avec des créneaux EPS conformes aux programmes, chant et éducation artistique musicale deux fois dans la semaine. Les œuvres d'arts plastiques sont mises en valeur par un affichage habile qui souligne la volonté des enfants de produire une œuvre commune, et toujours conforme aux consignes. Le soir, en fin de journée, une fois que les devoirs sont copiés, les cartables prêts et la classe rangée, la maîtresse lit aux enfants une histoire ou un morceau d'histoire, et tous sont suspendus à ses lèvres.
Les tables sont toujours alignées parfaitement, les casiers rangés, et aucun papier ni stylo ne traîne par terre. Le bureau de la maîtresse est rangé, dénué de tout bazar, à part un pot à crayon bien organisé et le cahier journal rigoureusement rempli qui s'offre fièrement aux regards, dans un coin, sous le registre d'appel dont les statistiques sont tenus à jour quotidiemment.
Les enfants sont toujours rangés par deux, et celui qui est tout seul se place docilement en queue de cortège, pour descendre avec enthousiasme mais sans impatience à la récréation.

Tous les cahiers sont parfaitement tenus et toujours corrigés à temps, agrémentés de petits mots encourageants de la maîtresse pour les enfants ayant particulièrement bien travaillé. Les enfants ayant à cœur de copier correctement les corrections en vert, de toute façon, la maîtresse n'y passe que peu de temps et peut donc se consacrer à une programmation rigoureusement conforme aux programmes, tout en concoctant régulièrement des projets motivants, multidisciplinaires, incluant l'évaluation des compétences. Les sorties sont multiples, nombreuses, variées et spécialement prévues pour s'intégrer à merveille dans le budget de l'école, avec maintes astuces pour économiser sur les transports : sorties à pied et courses d'orientation, utilisation habile des transports en commun, car de toute façon les enfants sont sages et silencieux dès que sortis de l'école...
Le programme est déjà quasiment bouclé, la fête de l'école a été l'occasion de montrer à tous les parents que les enfants ont fait des progrès en chant et en danse. Une exposition sur la Renaissance, avec créations en peinture et modelage, a été proposée à cette occasion. Les enfants ont aussi récité quelques poèmes et joué une petite pièce qui a été entendue de toute l'assistance et chaleureusement applaudie. Ils sont tous fiers de leur année, heureux d'avoir appris ensemble et créé ce spectacle en groupe. Fiers d'eux, de leurs camarades et de leur maîtresse à qui ils vouent une véritable adoration.echange_maitresses3

Bon, j'arrête là.
Evidemment, on n'a pas une classe parfaite ni une gestion de classe parfaite. Je ne cherche pas à être parfaite et je sais que les autres ne le sont pas. Mais souvent quand je vois de belles idées chez les collègues, j'aimerais bien savoir comment ils font, quelles sont leurs bonnes habitudes, qu'est-ce qui marche.

J'aimerais lancer un projet du type "On a échangé nos maîtresses", pendant lequel on pourrait aller puiser chez les collègues leurs idées et leurs programmations de sciences et leurs trucs au quotidien.

Le premier jour on fait tout comme l'autre maîtresse. de toute façon tout le monde sait que les élèves sont les champions du monde en "avec l'autre maîtresse on fait pas comme ça" et "l'autre maîtresse, elle, eh ben elle fait comme ça...". On en profite pour prendre les bonnes idées et piocher dans les livres du maître celui qui nous manquait déterminer ce qui  finalement n'est pas si génial, et marche mieux dans sa classe à soi. Ensuite, deuxième phase : on fait tout à sa propre sauce histoire de voir si ça marche ou si ça ne marche pas mieux. On teste ses idées, on essaye de voir si on peut mettre en place une meilleure organisation du temps, de l'espace ou des cahiers. Puis on retourne chez soi pour s'apercevoir que finalement l'herbe n'est pas plus verte ailleurs et qu'on a quand même bien de la chance dans sa classe.

Quelqu'un est partant?

Auriez-vous d'autres idées pour savoir à peu près comment on se situe par rapport à ce qui nous est demandé? Et par rapport à ce qui est réellement faisable en tant que PE sans consacrer plus de 20h par jour à son boulot?

Gribouillé par titane à 19:11 - 16 commentaires / contributions - Rétroliens [0] - Url [#]
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par J. Perry, en anglais ou en français au choix, un autre remède à tester

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