Si j'avais su qu'on était vraiment lâché tout seul sans aide (et encore moi j'ai pu compter sur ma dirlette et mes collègues pour certains trucs)... je n'aurai pas eu ce sentiment désespérant d'abandon total devant l'inconnu. Je m'y serais préparée. Mais là c'était la grosse surprise. Ben zut, ya plus personne. Précisément quand se posent des questions nouvelles, des problèmes inédits.
Donc, futurs et futures T1, sachez-le : il n'y a plus personne, voilà, c'est dit. A moins que votre CPC soit particulièrement à l'écoute et dispo, vous allez devoir faire face à des trucs nouveaux, vous allez devoir chercher l'information et anticiper, parce que rien n'est donné tout prêt et que personne ne vous le dit.
Surtout, le truc, c'est de ne pas avoir peur de déranger les personnes pour avoir toute l'info. S'il y a un gamin qui est suivi par un(e) orthophoniste, il faut le savoir, il faut avoir le numéro de la personne, il faut lui téléphoner. Si les personnes du RASED ne sont pas dispo, ne prennent pas en charge les gamins qui enont besoin, ou n'organisent pas les activités du gamin en fonction de ce que vous leur dites, il faut ouvrir sa bouche ou décrocher un téléphone. Si tant est que le téléphone marche, et ne me demandez pas pourquoi je dis ça... Etc. Ouvrez votre bouche, posez des questions, demandez des réponses et si on ne vous en donne pas, demandez qui peut vous en donner.
Si j'avais su qu'on manque toujours de temps... je ne me serai pas énervée contre moi-même et contre les gamins en me disant "mais bon sang, à ce rythme on ne finira jamais le programme". On ne l'a pas fini, et voilà. La fin ne justifie pas tous les moyens. L'envie de finir le programme de maths ou de sciences ne justifie pas qu'on laisse des gamins sur le carreau, qu'on décourage les plus fragiles, qu'on se repose sur les parents et le travail à la maison pour voir ou réviser certains trucs (comment créer de l'injustice), ...
J'aurais parfois fixé des objectifs moins ambitieux, pour pouvoir quand même faire de la géo ou du chant.
Si j'avais su comme c'est galère de gérer les lignes à faire à la maison... J'aurais cherché une autre façon de punir les comportements pas respectueux. (Mais depuis, j'ai cherché, sans trouver de solution idéale.) Parce que pointer qui a des lignes à faire et combien, et ensuite contrôler les lignes, c'est une punition pour la maîtresse.
Si j'avais su que les évaluations c'est aussi galère à concevoir, planifier, corriger, et rendre aux gamins... Je me serais bien mieux organisée. Planification dès le début de la liste des compétences que je vais évaluer en fin de période, mais vraiment une liste précise, avec les compétences déjà formulées (quitte à modifier ensuite si nécessaire). Au lieu de naviguer à vue et d'improviser sur les activités de l'évaluation (honte à moi) certains soirs tard, la veille de ladite éval.
J'aurais privilégié les types d'évaluation faciles à corriger et à "noter". Pas nécessairement des QCM, mais des questions plutôt fermées quand c'est possible. J'aurais évité un truc qui m'a fait m'arracher les cheveux qui est de proposer plusieurs activités pour évaluer la même compétence : parfois une activité était réussie et pas l'autre, alors quelle note mettre au final? 1 ou 4? (ou "je ne retiens que l'activité la mieux réussie"?)
Si j'avais su qu'il y a des parents que je n'ai jamais vus - et d'autres que je n'ai pu voir qu'après des mois de lutte acharnée... je me serais organisée pour rencontrer TOUS les parents en début d'année, quand les problèmes ne sont pas encore survenus. Inviter les parents absents à la réunion à venir, à l'heure de leur choix, et insister. Et puis l'idéal serait de noter ce qu'on apprend sur le gamin, sa famille, tout ça.
Si j'avais su comment gérer les corrections... si seulement je savais.... Quand on corrige en classe, ceux qui n'ont rien compris ne suivent pas et ceux qui ont déjà compris s'ennuient. Quand je corrige sur le cahier, ceux qui n'ont rien compris se fichent des remarques que je mets (et c'est uniquement si les parents regardent le cahier que peut-être mes remarques pourront apporter quelque chose - autant dire que ça ne suffit pas).
Je vais peut-être tenter cette année de corriger en groupe avec ceux qui n'ont pas compris, pendant que les autres approfondissent, mais ça veut dire que pendant la correction des cahiers le soir je dois pointer les gamins qui ont besoin de cette correction (ou d'une reprise en petit groupe, ce qui est lié). Pas trop eu le courage de coupler "correction du cahier" et "fabrication de groupes de niveau", cette année - je préférais demander aux gamins "qui pense avoir besoin de retravailler ça avec moi?", mais on ne peut pas toujours se fier au ressenti des gamins.
Si j'avais su comment régler les conflits dans la cour... Bon, je commence à trouver des solutions. Je rêve d'une école où l'on pourrait travailler avec les enfants pour avoir des médiateurs. Un projet d'école à conduire avec une équipe stable. En attendant, je commence à avoir un petit éventail de réponses, variées et diverses, aux petits conflits et aux grosses bagarres.Mais au début ça n'était pas évident. Entre le désir de rendre la justice façon Salomon, et l'envie d'avoir un peu la paix pour respirer avant de reprendre la classe, pas simple. Et puis la récré c'est le moment où tout le monde en profite pour vosu voir, vous rappeler un truc, vous poser une question, vous demander une signature, vous montrer quelque chose, tout ça. Et vous qu pensiez que vous alliez pouvoir téléphoner à la dame du CMPP pour la petite Céline ou terminer un montage photocopie pour l'activité de maths...
Par contre, je suis contente d'avoir su
- déléguer un max de trucs aux gamins, très rapidement (distribution, ramassage, effaçage, "chef de rang", correction d'exercices, vérification des absences, ...) Si possible déléguer encore plus cette année.
- jouer les maîtresses méchantes les premières semaines. Là où j'étais, c'était nécessaire. Ca a plutôt bien marché, même si ça ne prémunit pas contre tous les soucis. On a vite commencé à travailler, et sérieusement. C'est après que la relation de confiance a pu s'établir, malgré la distance que j'avais mise au départ, mais sans doute aussi grâce à cette phase un peu froide et stricte. On peut discuter et dire que ce n'est pas la meilleure façon de faire, que les PE ne sont pas à pour jouer les despotes, ... je suis prête à écouter les arguments. Pour ma première année, ça m'a permis de bien entrer en activité avec les monstres, et voilà.
- rapidement (pas assez rapidement pour ne pas galérer un peu, mais bon...) mettre en place pour moi mes petites habitudes routinières du matin, et du soir, faire toujours les mêmes trucs dans l'ordre, poser toujours les mêmes choses au même endroit et les clés toujours ici, les preps là, le cahier journal par ici, faire d'abord les photocop des CE2, etc etc (voir bilan T1, bonnes et mauvaises habitudes). Franchement ça m'a bien aidée quand j'ai commencé à mettre en place ces trucs délibérément (en me forçant à faire les trucs toujours dans le même ordre, enfin quasiment). Cette année je mettrai mes petites to-do-lists du matin et du soir sur une feuille, dès les premiers jours.
- gagner du temps en préparant plutôt par séquence que par séance. Les objectifs et compétences à acquérir sont en haut de la feuille, les détails séance par séance sont donnés sur le même docu, ça permet éventuellement en fin de séance de voir si on peut entamer la séance suivante si on a fini plus vite, ou au contraire de voir comment recouper les séances si le temps vient à manquer. Ca permet de mieux voir le travail d'ensemble. Ca permet de gagner un temps fou à ne pas faire huit fiches en série, et puis ça économise sûrement un peu de papier.
- gagner du temps en faisant une programmation par période, chaque période. Ca prend une petite heure à faire à la fin des vacances et ça permet de rester sereine en rentrant chaque soir quand on se dit "et demain, qu'est-ce que je fais?". C'est déjà tout écrit, ya plus qu'à adapter au besoin.
Il y a sûrement d'autres choses. Je les rajouterai dans les jours qui viennent si j'en vois.